Il y a peut-être une phrase que tu prononces tellement souvent que tu ne l’entends même plus : « T’inquiète, je vais gérer. »
Tu vas appeler le médecin pour ta mère. Tu vas récupérer ton enfant parce qu’il ne va pas bien. Tu vas écouter ta sœur qui traverse une période compliquée. Tu vas envoyer un message à cette amie dont tu sens qu’elle décroche. Tu vas trouver une solution pour le rendez-vous, le papier qui manque, le problème de dernière minute... et la plupart du temps, tu le fais sans même te demander si tu en as l’énergie.
Parce que tu sais faire. Parce que tu es fiable. Parce que tu aimes les gens qui t’entourent. Et peut-être aussi parce qu’avec les années, tout le monde a compris une chose : quand il y a un problème, on peut compter sur toi.
C’est beau, d’être cette personne mais parfois, c’est lourd aussi.
Quand on entend le mot aidante, on imagine facilement une situation très particulière : une personne qui accompagne quotidiennement un parent âgé ou un proche gravement malade mais la réalité est beaucoup plus large.
La Drees estime que 7,1 millions de personnes en France métropolitaine soutiennent régulièrement un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie vivant à domicile. Et parmi ces aidants, 58 % sont des femmes. Drees
Mais ce qui m’interpelle peut-être encore davantage, c’est ce que cette aide contient. 95 % apportent un soutien moral. 83 % participent à la vie quotidienne. Et un tiers cumule soutien moral, aide quotidienne et aide financière ou matérielle. Drees
Autrement dit : aider, ce n’est pas uniquement faire les courses ou accompagner quelqu’un chez le médecin. C’est aussi penser à quelqu’un. Prendre des nouvelles. S’inquiéter. Anticiper. Être disponible. Chercher une solution. Garder une partie du problème de l’autre quelque part dans sa propre tête et ça, ça prend de la place.
Le problème, c’est que tu sais très bien gérer
Il y a quelque chose d’assez injuste avec les personnes solides : plus elles gèrent, moins on pense à leur demander si elles peuvent encore gérer. Tu réponds présente, alors on continue de t’appeler. Tu trouves des solutions, alors on t’apporte les problèmes. Tu rassures bien, alors on vient chercher du réconfort chez toi. Et petit à petit, tu peux devenir le service après-vente émotionnel de toute une famille sans que personne, toi comprise, ne s’en rende vraiment compte.
Évidemment, les gens que tu aimes ne font pas forcément quelque chose de mal. Et toi non plus. Le problème n’est pas d’aider. Le problème commence lorsque ta disponibilité pour les autres devient tellement évidente que ta propre fatigue devient invisible.
« Pourtant, personne ne me force »
C’est souvent ce qu’on se répond et c’est vrai.
Personne ne t’oblige peut-être à rappeler ta mère. Personne ne te force à écouter cette amie pendant quarante minutes alors que tu es épuisée. Personne ne t’a officiellement désignée responsable de l’équilibre émotionnel de toute la famille mais parfois, le rôle s’installe tout seul. Parce qu’on a toujours été « la forte », qu’on supporte mal de savoir quelqu’un en difficulté, qu’aider nous rassure aussi... Et parce qu’on culpabilise lorsqu’on dit non ou simplement parce qu’on aime profondément les gens.
Mais écoute moi bien : Tu peux aimer prendre soin des autres et avoir besoin que quelqu’un prenne soin de toi.
Et toi, qui est-ce que tu appelles ?
C’est peut-être la question la plus importante de cet article.
Quand tu n'en peux plus, qui appelles-tu ? Je ne te parle pas de la personne à qui tu raconteras les faits une fois que tu auras déjà trouvé la solution. La personne auprès de laquelle tu peux réellement dire : « Là, je n’y arrive plus. ». Sans la rassurer juste après, ni ajouter « mais ça va aller ». Sans minimiser parce que d’autres vivent pire.
Peut-être que tu as cette personne mais peut-être que tu réalises en lisant ces lignes que tu ne sais même pas qui appeler et peut-être aussi que tu as tellement pris l’habitude d’être celle qui aide que recevoir de l’aide est devenu presque plus inconfortable que d’en donner.
On imagine parfois qu’il faut poser des limites uniquement lorsqu’on est arrivée au bout mais une limite n’est pas forcément un grand « NON » prononcé après trois années d’épuisement. Ça peut être : « Je ne peux pas ce soir. », « Est-ce que quelqu’un d’autre peut s’en occuper cette fois ? », « Je t’écoute dix minutes et ensuite j’ai besoin de dormir. » ou même : « Moi aussi, en ce moment, j’ai besoin qu’on prenne un peu de mes nouvelles. »
Ce n’est pas abandonner les autres c’est arrêter de considérer ton énergie comme une ressource illimitée...
Il n’y a pas de petit problème
Chez BonHer, on le répète souvent parce que nous savons à quel point les femmes peuvent attendre avant de demander de l’aide. On attend que ce soit suffisamment grave. Que la fatigue soit suffisamment grande. Que la situation justifie vraiment de déranger quelqu’un. Mais peut-être que tu n’as pas besoin d’une catastrophe, peut-être que ton problème aujourd’hui, c’est simplement d’en avoir marre d’être celle qui pense à tout le monde.
Et tu sais quoi ?
Ça suffit déjà pour en parler.


