Quand un bébé naît, tout le monde demande comment il va.
Est-ce qu’il dort ? Est-ce qu’il mange bien ? Est-ce qu’il prend du poids ? Est-ce qu’il pleure beaucoup ? Comment se passent ses nuits ?
Et puis, quelque part au milieu de toutes ces questions, il y en a parfois une pour sa mère : « Et toi, ça va ? »
Elle répond oui.
Parce que le bébé va bien. Parce qu’elle l’aime. Parce qu’elle l’a voulu. Parce qu’elle sait qu’elle « devrait » être heureuse. Parce qu’elle est fatiguée, évidemment, mais quelle jeune mère ne l’est pas ? Parce qu’elle ne veut inquiéter personne. Parce qu’elle-même ne sait peut-être pas exactement ce qui lui arrive.
Alors elle continue.
Et c’est justement pour cela qu’en ce mois de Septembre Jaune, nous avions envie de parler d’un chiffre dont on parle encore beaucoup trop peu.
Le suicide est devenu la première cause de mortalité maternelle en France
Ce n’est pas une formule destinée à faire peur.
C’est le résultat du dernier rapport de l’Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles, publié en 2024 par Santé publique France et l’Inserm. Sur la période étudiée, 2016-2018, 272 femmes sont décédées d’une cause liée à leur grossesse ou dans l’année suivant sa fin, soit une femme tous les quatre jours. Et lorsque l’on considère toute cette première année, le suicide est désormais la première cause de mortalité maternelle en France.
Il faut prendre quelques secondes pour réaliser ce que cela signifie.
Nous avons énormément appris à surveiller le corps des femmes pendant une grossesse. Leur tension, leur poids, leurs analyses, la croissance du bébé, l’accouchement, les suites de couches.
Mais une femme ne devient pas uniquement un corps qui a accouché.
Elle rentre chez elle avec un bébé, parfois un autre enfant à gérer, des nuits morcelées, un corps qu’elle ne reconnaît plus, des hormones en plein bouleversement, une nouvelle identité à apprivoiser, un couple qui doit retrouver sa place, une charge mentale immense et, parfois, une solitude que personne ne soupçonne.
Et autour d’elle, la vie reprend.
« Mais elle avait l’air tellement heureuse… »
C’est peut-être l’une des choses les plus difficiles à comprendre lorsqu’on parle de souffrance psychique : elle ne ressemble pas toujours à ce que l’on imagine.
Une jeune mère peut aimer profondément son bébé et aller très mal.
Elle peut sourire sur une photo et se sentir complètement perdue quelques heures plus tard.
Elle peut préparer les biberons, répondre aux messages, aller chez le pédiatre, recevoir sa famille, reprendre le travail et continuer à donner extérieurement l’impression qu’elle gère.
C’est aussi pour cela que les phrases que nous utilisons sans y penser peuvent parfois enfermer davantage : « Profite, ça passe tellement vite », « Tu dois être tellement heureuse », « Au moins le bébé va bien », « C’est normal d’être fatiguée avec un nouveau-né ».
Bien sûr que certaines difficultés sont fréquentes après une naissance.
Mais fréquent ne veut pas dire qu’il faut tout supporter seule.
Et surtout, il n’existe pas un niveau minimum de souffrance à atteindre avant d’avoir le droit de dire : « Là, je ne vais pas bien. »
Il n’y a pas besoin d’attendre qu’une femme dise « je veux mourir »
La prévention du suicide ne commence pas uniquement au moment où quelqu’un prononce ces mots.
Elle commence aussi beaucoup plus tôt.
Quand une femme dit qu’elle n’en peut plus. Quand elle se sent dépassée depuis des semaines. Quand elle n’arrive plus à ressentir de plaisir. Quand elle dit qu’elle est une mauvaise mère, que tout le monde serait mieux sans elle, qu’elle voudrait disparaître ou simplement que tout s’arrête.
Ces paroles ne permettent pas, à elles seules, de conclure qu’une personne est suicidaire. Mais elles méritent d’être entendues et, lorsqu’on s’inquiète, on peut poser la question directement.
Contrairement à une idée encore très répandue, demander à quelqu’un s’il pense au suicide ne lui « met pas l’idée dans la tête ». Le 3114, numéro national de prévention du suicide rappelle au contraire qu’aborder clairement le sujet peut ouvrir un espace dans lequel la personne peut enfin exprimer sa souffrance et recevoir de l’aide.
Et peut-être que nous devrions aussi changer la manière dont nous entourons les jeunes mères.
Ne pas seulement demander si le bébé fait ses nuits.
Demander comment elle dort.
Ne pas seulement demander si l’allaitement ou les biberons se passent bien.
Demander comment elle vit ses journées.
Et lorsqu’elle répond « je suis épuisée », ne pas systématiquement répondre « c’est normal ».
Parfois, simplement demander : « Quand tu me dis que tu es épuisée, tu veux dire quoi exactement ? »
Et écouter la réponse.
Chez BonHer, « il n’y a pas de petit problème » prend ici tout son sens
Nous répétons souvent cette phrase parce que nous voudrions que les femmes demandent de l’aide avant d’être arrivées au bout.
BonHer peut être cette première porte lorsqu’une femme ressent le besoin de déposer ce qu’elle traverse, de faire son bilan émotionnel ou simplement de mettre des mots sur quelque chose qui devient trop lourd.
Mais notre rôle a une limite essentielle.
Lorsqu’une femme évoque des idées suicidaires ou une détresse importante, elle a besoin de professionnels spécifiquement formés à la prévention du suicide. Le 3114 est accessible gratuitement partout en France, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, pour la personne qui souffre comme pour quelqu’un qui s’inquiète pour elle. Un professionnel formé répond et peut évaluer la situation et orienter vers une aide adaptée.
Cette semaine, pendant Septembre Jaune, nous aimerions donc faire passer un message très simple.
Après une naissance, continuons à prendre des nouvelles du bébé. Mais prenons aussi réellement des nouvelles de sa mère.
Pas seulement une fois.
Pas seulement à la maternité.
Et pas seulement lorsqu’elle s’effondre.
Parce qu’il n’y a pas de petit problème.
Et qu’une femme ne devrait jamais avoir à aller jusqu’au bout de ses forces pour que l’on comprenne qu’elle avait besoin d’aide.


